Épandeur à fumier ou à lisier : bien choisir son matériel d'épandage
Fumier pailleux, lisier de porc, digestat ou engrais minéral : chaque fertilisant appelle son outil, et un épandeur à fumier mal choisi se paie pendant des années en dose irrégulière, en tracteur surdimensionné ou en chantier qui traîne. Avant d'investir, en neuf comme en occasion, quatre questions font le tri : le produit à épandre, la dose visée à l'hectare, la largeur de travail et le tracteur disponible. Nous passons en revue les épandeurs à hérissons verticaux et à table, les tonnes à lisier et leurs outils, le distributeur d'engrais, puis la réglementation qui encadre leur usage et les contrôles à mener sur une machine d'occasion.
Un épandeur à fumier associe une caisse, un fond mouvant (un tablier de deux à quatre chaînes reliées par des barrettes) qui pousse la matière vers l'arrière, et un organe d'épandage qui la déchiquette puis la projette : des hérissons verticaux, jusqu'à quatre, ou des hérissons horizontaux, trois au maximum.
Pour apporter un fumier de bovins pailleux à 40 ou 50 tonnes par hectare, les hérissons verticaux restent la recommandation. Plus simples, ils coûtent moins cher à l'achat comme à l'usage, offrent un meilleur débit de chantier et encaissent mieux les pierres et les ficelles qui traînent dans un tas. Sur les épandeurs Samson SP, la spire change de sens dans le tiers inférieur du hérisson pour régulariser la nappe, et des volets de bordure évitent d'arroser le fossé.
La table d'épandage associe deux ou trois hérissons horizontaux, qui démêlent la matière, à deux plateaux de grand diamètre qui la projettent sur 10 à 24 mètres, parfois davantage. Elle donne le meilleur d'elle-même à une ou deux tonnes par hectare de fientes, de compost, de digestat solide ou de chaux. En contrepartie, ses boîtiers d'entraînement plus nombreux alourdissent l'entretien et elle réclame un tracteur plus puissant.
|
Bon à savoir. Une hotte arrière posée sur des hérissons verticaux donne une pseudo-table qui permet des apports à dose réduite, mais ce montage reste réservé à un usage occasionnel : il ne vaut pas une vraie table. Si les produits fins pèsent lourd dans votre plan d'épandage, visez une machine conçue pour eux. |
Le choix dépend donc de la part de chaque produit plus que de la taille de l'élevage, et il se raisonne avec le reste du matériel d'élevage, de la mélangeuse à la pailleuse.
| Matériel | Produits adaptés | Repères de dose et de largeur | Points forts et limites |
|---|---|---|---|
| Épandeur à hérissons verticaux | Fumier de bovins pailleux, fumier lourd | Fumier lourd à 40 ou 50 t/ha | Conception simple, bon débit, tolère les corps étrangers |
| Épandeur à table d'épandage | Fientes, compost, digestat solide, chaux | 1 à 2 t/ha, de 10 à 24 m de large | Grande largeur, mais plus de puissance et d'entretien |
| Tonne à lisier avec rampe à pendillards | Lisier, digestat liquide | Rampes de 9 à 18 m sur la gamme Pichon SV | Dépôt au sol, demande une pompe adaptée à l'outil |
La capacité se raisonne sur la distance entre la fumière et les parcelles, sur le tracteur disponible et sur la portance des sols, plutôt que sur le seul volume annuel. Les caisses étroites et surbaissées, comme celle du Samson SP 15, se chargent plus facilement au télescopique.
La vraie différence se joue sur le dosage. Sur un épandeur classique, la dose dépend de la vitesse du fond mouvant, de l'ouverture de la porte et de l'allure du tracteur. Le DPAE (débit proportionnel à l'avancement électronique) asservit le fond mouvant à la vitesse réelle : la dose ne bouge plus quand vous ralentissez en côte ou en bout de champ. Sur la gamme Samson SP Ultimate, le boîtier SpreadMaster 6500 règle le tapis selon l'ouverture de la trappe, l'avancement et la dose programmée, sur une plage annoncée de 4 à 70 tonnes par hectare.
Un cran au-dessus, la régulation par pesée mesure un flux en kilos par minute, à la manière d'un distributeur d'engrais ; Samson l'a proposée avec son Speed Master 8500. Avec un fumier dont la densité varie d'un bout à l'autre du tas, l'écart se voit : le volumétrique suppose une densité constante, la pesée la mesure.
Côté lisier, le premier choix porte sur l'organe qui remplit et vide la cuve. Les tonnes à compresseur s'équipent d'un compresseur à palettes ou à lobes, d'autres modèles d'une pompe centrifuge ou volumétrique, qui délivre surtout la pression qu'un outil d'épandage réclame : un compresseur à palettes plafonne autour de 0,5 à 0,7 bar, une pompe centrifuge travaille entre 2 et 2,5 bars, une pompe volumétrique peut monter à 10 bars. Pichon a développé de son côté un bras tourelle à pompe centrifuge qui brasse la fosse, remplit la cuve, mélange le lisier et l'épand.
Les rampes à pendillards ou à patins déposent le lisier au ras du sol, les enfouisseurs à dents ou à disques l'incorporent dans la terre. Ces techniques réduisent les émissions d'ammoniac par rapport à une projection en nappe. Sur les tonnes Pichon SV, les rampes à pendillards vont de 9 à 18 mètres, les incorporateurs à disques font 4,5 ou 6 mètres et ceux à dents de 3 à 6 mètres.
La largeur de l'outil se choisit sur le volume de la cuve : une rampe de 15 à 18 mètres convient aux cuves modestes et permet de boucler un aller-retour au lieu de tomber à vide au milieu d'un passage, ce qui coûte du gasoil et tasse le sol. Le poids compte autant. Une rampe de 15 mètres pèse de l'ordre de deux tonnes et, en porte-à-faux, modifie la répartition des charges ; le report sur l'attelage ne doit pas dépasser 3 tonnes sur un piton à anneau, 4 tonnes sur une boule K80.
|
Bon à savoir. Monter une rampe sur une tonne existante n'a de sens que si la pompe suit : avec un compresseur à palettes, le broyeur-répartiteur se bouche vite dès que le lisier est pailleux. Les tonnes récentes sont prééquipées (points de fixation, alimentation hydraulique) pour recevoir un outil. |
Sur la tonne Samson TG, une régulation DPAE par débitmètre corrige le débit en continu et le Section Control compatible ISOBUS ferme les sections déjà couvertes grâce au GPS. Sur les Pichon SV, la dose se saisit en mètres cubes par hectare dans le terminal iControl 7S. En amont, côté fosse, le groupe dispose aussi de BPM Waters pour le pompage et le traitement des effluents.
Pour les engrais minéraux, on change d'outil et d'échelle de dose. Le distributeur centrifuge, porté sur le relevage, projette les granulés par ses disques. Sa précision tient d'abord au réglage, propre à chaque engrais : deux produits de granulométrie différente ne sortent pas des disques de la même façon, et un mauvais réglage laisse des bandes visibles dans la céréale.
Les options font ensuite la différence. La pesée embarquée compare en continu le débit réel à la dose programmée et corrige l'ouverture des trappes. La coupure de sections, pilotée par GPS, ferme les tronçons dans les pointes, comme sur un pulvérisateur (voir notre guide pour choisir un pulvérisateur porté, traîné ou automoteur), et suppose un autoguidage suffisamment précis. Kuhn, partenaire de BPM Agri, construit les distributeurs d'engrais Axis, et notre filière agriculture de précision accompagne la mise en route du contrôle d'épandage.
En zone vulnérable, l'épandage obéit au programme d'actions national nitrates (arrêté du 19 décembre 2011, modifié par l'arrêté du 30 janvier 2023), complété par un programme régional. En Pays de la Loire, où se trouve une grande partie de notre réseau, le septième programme régional s'applique depuis le 1er juillet 2024. Les périodes d'interdiction dépendent du type de fertilisant et de la culture : la présentation du programme national par la chambre d'agriculture et l'arrêté du programme régional des Pays de la Loire en donnent le détail.
| Type de fertilisant | Exemples | Matériel concerné |
|---|---|---|
| Type I | Fumiers (sauf volaille), compost, phase solide du digestat | Épandeur à fumier |
| Type II | Lisier, fientes et fumier de volailles, phase liquide du digestat, effluents peu chargés | Tonne à lisier, épandeur à table pour les fientes |
| Type III | Engrais azotés minéraux et uréiques de synthèse | Distributeur d'engrais |
Le programme régional des Pays de la Loire fixe aussi des distances : pas d'épandage d'effluents d'élevage à moins de 50 mètres des points de prélèvement d'eau potable, de 200 mètres des lieux de baignade (50 mètres pour les composts normés) et de 500 mètres en amont des zones conchylicoles. Aucun de ces deux programmes n'impose un type de matériel ; si votre élevage relève des installations classées, ses prescriptions propres sont à vérifier avec votre chambre d'agriculture.
|
Bon à savoir. Au-delà de 1,5 tonne de PTAC, un épandeur ou une tonne mis en circulation depuis le 1er janvier 2013 doit être immatriculé. Depuis le 1er janvier 2025, les machines remorquées neuves sont livrées en freinage double ligne, hydraulique ou pneumatique. |
Un épandeur vit dans un milieu corrosif et encaisse des chocs. Acheté entre particuliers ou sur une annonce non contrôlée, il arrive sans historique d'entretien et sans recours si le boîtier lâche au premier chantier, quand une machine passée par l'atelier d'un concessionnaire a été préparée et reste suivie. Quel que soit le vendeur, quelques contrôles s'imposent.
Sur un épandeur à fumier, commencez par le fond mouvant : allongement des chaînes, barrettes tordues, état des pignons et des tendeurs. Les hérissons se jugent sur l'usure des couteaux, le jeu des paliers et le bruit des boîtiers. Vérifiez le cardan, la sécurité de transmission, puis la caisse et ses soudures ; une caisse galvanisée, comme celles des épandeurs Pichon, protège mieux de la corrosion. Sur une tonne, l'intérieur de la cuve s'inspecte par le trou d'homme, le compresseur ou la pompe s'écoutent en charge, et vannes, joints et flexibles doivent être étanches.
Reste la partie route. La carte grise doit correspondre à la plaque du constructeur si la machine y est soumise, et le freinage doit être compatible avec votre tracteur : une machine récente en double ligne derrière un tracteur ancien en simple ligne pose un problème de sécurité. Faites aussi le point sur le tracteur avec nos points à vérifier sur un tracteur d'occasion, puis parcourez les matériels d'épandage d'occasion de notre stock.
BPM Agri distribue les gammes d'épandage Pichon et Samson, spécialistes des épandeurs à fumier et des tonnes à lisier, compte Kuhn parmi ses marques partenaires et est concessionnaire John Deere et Kramer. Avec plus de 35 sites entre la Loire-Atlantique, le Maine-et-Loire, la Vendée, le nord des Deux-Sèvres, la Sarthe, la Mayenne, l'Eure-et-Loir, l'Indre-et-Loire, le Loir-et-Cher, une partie du Loiret et des Yvelines, un atelier n'est jamais loin du chantier.
Nos équipes réparent et diagnostiquent les matériels John Deere et ceux des marques partenaires, avec des pièces d'origine, et se déplacent sur l'exploitation pour les dépannages en cas de besoin : prenez rendez-vous avec l'atelier avant la saison d'épandage. Notre service pièces livre chez vous en cas de besoin (voir notre article sur les pièces d'origine, Reman et alternatives), et nos conseillers étudient avec vous le financement, sujet de notre guide du crédit, du crédit-bail et de la location de matériel agricole.
Voir nos matériels d'occasion en stock
Les hérissons verticaux déchiquettent et projettent le fumier lourd : ils conviennent aux apports de 40 ou 50 tonnes par hectare, coûtent moins cher et tolèrent mieux les corps étrangers. La table d'épandage associe des hérissons horizontaux à deux plateaux qui projettent la matière sur 10 à 24 mètres. Elle vise les produits légers (fientes, compost, digestat solide, chaux) à une ou deux tonnes par hectare, avec plus de puissance et d'entretien.
Tout dépend de l'outil d'épandage. Un compresseur à palettes plafonne autour de 0,5 à 0,7 bar, trop peu pour alimenter le broyeur-répartiteur d'une rampe avec un lisier pailleux. Une pompe centrifuge travaille entre 2 et 2,5 bars, une pompe volumétrique jusqu'à 10 bars. Si vous prévoyez des pendillards ou un enfouisseur, partez sur une tonne à pompe.
En zone vulnérable, les périodes d'interdiction sont fixées par le programme d'actions national nitrates (arrêté du 19 décembre 2011, modifié en 2023) et renforcées par le programme régional. Elles varient selon le type de fertilisant (I pour les fumiers, II pour les lisiers et fientes, III pour les engrais minéraux) et selon la culture. En Pays de la Loire, le septième programme régional s'applique depuis le 1er juillet 2024.
Oui, si la machine dépasse 1,5 tonne de PTAC et a été mise en circulation à partir du 1er janvier 2013 : elle porte alors sa propre plaque d'immatriculation. Les machines plus anciennes ne sont pas concernées. Le délai de régularisation des matériels récents jamais immatriculés a expiré le 31 août 2020 : sur une occasion postérieure à 2013, exigez la carte grise et comparez-la à la plaque du constructeur.
Le DPAE, pour débit proportionnel à l'avancement électronique, asservit le débit de la machine à la vitesse réelle du tracteur. Sur un épandeur à fumier, il pilote le fond mouvant selon l'ouverture de la porte et la dose programmée ; sur une tonne à lisier, il corrige le débit grâce à un débitmètre. La dose reste stable quand vous ralentissez en côte ou en bout de champ.